Reçu de Sabine Bernède le 10 mars 2005

Je suis rentrée mardi de Thailande, et j'ai eu le plaisir de voir votre petite famille à Krabi, une demi-journée, celle du jeudi 3 mars.

La maison d'Aree ressemblait à une ruche. A l'intérieur, Hen s'occupait de payer les employés, et était très souvent sollicitée au téléphone par des gens qui veulent être aidés. A l'extérieur, des ouvriers achevaient de bâtir la maison du personnel. Le bar était presque terminé, ainsi que l'extension de la maison. A l"heure qu'il est, je pense que tout doit être prêt. Le bar est très joli, en forme de vague... je crois. J'ai été très sensible à la beauté de cette maison, son architecture. Les murs sont en brique rouge, ou en palmier tressé... Il se dégage de cet endroit une atmosphère de sérénité... Et aussi de tristesse.

 

Hen et Pi Choy ont parfois les yeux embués de larmes. Mais ils ne manifestent pas beaucoup leurs sentiments. Quelques minutes avant mon départ, Hen m'a raconté comment elle avait réchappé à la vague... Pi Choy, si j'ai bien compris, s'est retrouvé de l'autre côté de la bande de sable, près du port, et quelqu'un l'a hissé sur un mur. Je n'ai pu rencontrer Pi Choy qu'une petite heure. Il partait avec Mobarek pour Koh Lanta, où se tenait un festival de culture thai, pour présenter les nouveaux plats du restaurant. Il m'a montré un DVD qu'il a enregistré avec son groupe de musique, sorte d'hommage aux îles Andaman. Mobarek était très inquiet car il trouvait qu'il n'avait pas assez travaillé ce jour-là...Pi CHoy, qui parle anglais, m'a demandé de dire à Mobarek qu'il prenne le temps comme il se présente, et qu'il aurait largement de quoi s'activer par la suite.

A l'issue de mon voyage, je pense que dans leur malheur, les personnes du Grand Bleu ont malgré tout la chance de vous avoir. Car le parrainage de l'association leur assure un salaire, et un nouveau travail. Je crois que le bar ouvre bientôt. Le plus difficile à mon avis sera d'attirer les touristes, peu nombreux, mais de retour quand même.

 

Hen m'a montré un épais dossier des personnes aidées. Chaque fois, elle demande des justificatifs, photos, certificats de scolarité. Un exemple : Hon, 32 ans, qui tenait une guest-house à Phi Phi et qui n'a plus rien. 

Quant à savoir si les iliens pourront retourner à Phi Phi, c'est une autre question. Je l'ai posée à de nombreux responsables du tourisme que j'ai rencontrés. La gouverneur a dit que l'Autorité du tourisme (TAT) souhaite réaménager l'île. Mrs Juthamas Siriwan, gourverneur de la TAT,a déclaré, que les autorités thailandaises souhaitent faire de Phi Phi : "A paradise island for relaxing, diving and other adventure activities. Phi Phi will retain its concept as a paradise island. Revedevopment is expected to take around 18 months". Les travaux prendront donc 18 mois au moins.

Lorsque j'étais à Krabi, le papa d'Hen revenait d'une réunion sur Phi Phi; Hen m'a dit qu'il n'y avait rien de nouveau. Son père lui a donné une liste d'objets retrouvés sur l'île; des cartes de crédit, d'asurance...

A Phuket, j'ai interrogé des Français sur l'avenir de l'île. L'un d'eux, un "réceptif" comme on dit dans le monde du tourisme, Christian Chevrier, dirigeant d'une entreprise de 300 employés, "Phuket adventure", possède un restaurant à Phi PHi. Il m'a dit être "sûr" de retrouver son restaurant. Ajoutant que tous les Occidentaux qui louaient des terrains à des Thai risquaient en revanche d'avoir quelques problèmes. Il a aussi déclaré : "Bien sûr, il y a déjà des investisseurs prédateurs qui achètent". Un autre entrepreneur, M. Berthe, qui est responsable d'une association économique regroupant des entrepreneurs français à Phuket, m'a dit qu'il est très attentif aux négociations : "Il y aura des gagnants et des perdants", a-t-il ajouté. Il connaissait l'association "Pour Aree" , dont il m'a dit le plus grand bien. Il souhaite rencontrer Henri. Je pense que ce contact peut être très utile; j'ai donné les coordonnées de ce monsieur à Henri.

Devant l'insistance de mes questions, des personnes de l'Office du tourisme thailandais ont un peu  tordu le museau, m'assurant qu'au grand jamais le gouvernement n'avait l'intention de chasser les habitants de l'ile. Au final,  je pense que le gouvernement thailandais sait qu'il sera jugé sur la façon dont il réaménage l'île et les infrastructures touristiques, et que les habitants de l'ile devraient s'y retrouver. L'esprit du lieu ne sera plus le même, à mon avis. En attendant le réaménagement,  il faudra "tenir". Le plus difficile, peut-être, est à venir.

Beaucoup de Thailandais ou d'Occidentaux n'ont pas les mêmes scrupules qu'Henri vis-à-vis des personnes qui se retrouvent sans emploi. Un Français, qui avait 300 employés et qui n'en a gardé que 70, m'a dit cyniquement : "Ici, heureusement, nous ne sommes pas en France. Les Thais comprennent qu'il n'y a plus de travail et restent chez eux".

Le gouvernement thailandais admet que des dizaines de milliers de personnes sont actuellement au chômage. Vendredi 4 mars, l'Autorité du tourisme avait invité 1000 agents de voyages à Phuket, pour montrer que la reconstruction est presque achevée, exceptée à Phi Phi et Kao Lak. La TAT demande aux touristes de revenir. "La meilleure façon de nous aider, c'est de venir", a dit la gouverneur. C'est aussi ce que m'a dit Pi Choy.

Visitant l'Asie, et la Thailande, pour la première fois, j'ai été évidemment éblouie par la beauté des paysages, mais surtout charmée par la gentillesse, le respect que manifestent les Thailandais vis-à-vis des étrangers. On ne ressent aucune agressivité dans les rues... Le sourire et la politesse changent la vie!

 
Voilà mon petit compte-rendu de voyage. Vous pourrez lire la suite dans La Dépêche de ce dimanche..
Cordialement. Sabine Bernède. Journaliste à La Dépêche. Tel : 0562113373.